La Section de Deuil Enghien

Avec Ali Soumaré dans le Val-d’Oise : l’offensé à l’offensive

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Reportage

Accusé à tort par l’UMP et fort de sa nouvelle notoriété, la tête de liste socialiste est en campagne.

Tiré d’un article de David Revault d’Allonne (Libération du 08.03.2010)

Il n’est ni en train de cirer le banc d’une équipe de foot ni en maison d’arrêt. Cela peut paraître inconcevable, mais Ali Soumaré, tête de liste PS dans le Val-d’Oise, fait bel et bien de la politique. Voici quinze jours, Francis Delattre, maire (UMP) de Franconville, après l’avoir comparé à un «joueur de l’équipe réserve du PSG», le qualifiait de «délinquant multirécidiviste chevronné» en lui attribuant, pour certaines à tort, plusieurs infractions, condamnations et procédures. Accusations reprises par le maire (UMP) de Saint-Leu-la-Forêt, Sébastien Meurant, la tête de liste départementale UMP, Axel Poniatowski, et jusqu’au porte-parole du parti présidentiel, Frédéric Lefebvre, au chapitre desquelles l’avocat de Soumaré, Me Jean-Pierre Mignard, devait porter plainte, notamment pour «diffamation». En attendant, le candidat, lui, «continue à faire campagne. Tous les jours». La preuve.

Deuil-la-Barre.Samedi 9 heures, café Le Balto. Baby-foot, résultats du Rapido et rediffusion du jubilé Luis Fernandez. Soumaré, qui assure avoir du ballon, en rigole : «Si j’avais été joueur de foot, je n’aurais jamais été sur le banc. Et sûrement pas au PSG !» Le candidat a beau plaisanter, les tombereaux d’attaques l’ont personnellement blessé. «J’ai un parcours d’autodidacte, je n’ai pas à rougir de mon évolution. J’ai peut-être travaillé deux fois plus que celui qui a un parcours normal.» Pour sa famille, aussi, qui «était inquiète. Elle avait peur pour moi, de la brutalité de la campagne». Mais l’habitant de Villiers-le-Bel, porte-parole des familles lors des émeutes de 2007 avant de devenir le secrétaire de la section PS, conserve surtout la brûlure «de clichés insupportables, qui alimentent le racisme et contre lesquels il faut se battre». Certes, il convient que l’affaire et son retentissement peuvent «mobiliser les abstentionnistes de gauche». Mais celui qui adhéra au PS après le 21 avril 2002 s’en serait volontiers passé : «Même si la gauche a pris un ou deux points, le FN en a pris deux ou trois en plus. Et je ne peux pas me réjouir de ça.»

Enghien-les-Bains. A peine arrivé à 10 heures, sur le marché, le candidat et son équipe sont cueillis à froid par un policier municipal guère affable et peu informé : «C’est pour quoi, messieurs? Vous n’avez pas d’autorisation !» En cette campagne, Soumaré a décidément des soucis avec l’uniforme : la plupart des accusations de l’UMP proviendraient d’informations obtenues via le Système de traitement des infractions constatées (Stic), le fichier policier. «Ils ont consulté le fichier Stic comme des bouchers», glisse un proche de Soumaré. Et l’accueil des habitants n’est guère plus amène que celui de la maréchaussée. Dans cette ville âgée et aisée, où Nicolas Sarkozy a ramassé 65% des suffrages à la présidentielle, beaucoup déclinent les tracts. «Là, on est en terre de mission», s’amuse Chantal, militante PS. Très casual en veste grise trois-quarts, jean et baskets blanches, Ali Soumaré tente de vendre sa personne, et son argumentaire : «Vous voulez qu’on réponde à quelques questions ?» «Ça va, j’ai ce qu’il faut», esquive une dame, qui s’en va se fournir ailleurs. D’autres le disent tout haut : «Ali ! Ali! On va devenir un pays musulman», s’indigne un retraité armé d’un chariot. «C’est ce qui m’inquiète, c’est l’islamisation de la France», appuie un deuxième. Infiniment plus hospitaliers, des militants du Modem, écharpes en laine polaire orange vif, s’excuseraient presque d’avoir choisi la même zone de chalandise : «Désolés, on avait prévu depuis longtemps !» Ali Soumaré leur retourne la politesse : «Ne vous excusez pas ! Plus on est de fous…»

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