La Section de Deuil Enghien

La conférence de Mr Bevalet en mairie de Deuil-la Barre : intéressante ou « intéressée »?

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Par Jean-Bernard Chebroux

Les Deuillois ont été informés par le magazine de la Ville d’avril 2010 (Deuil-la Barre et vous, n° 77, p. 4), par voie d’affichage sur tous les panneaux de la commune et sur le site de la ville, de la tenue samedi 10 avril 2010 dans la salle du Conseil de la mairie, d’une conférence publique intitulée « Terrorisme : gagner la 3ème guerre mondiale ». Il s’agissait de la présentation de son propre ouvrage par Mr Bevalet, maire-adjoint à la sécurité et à la défense de la Ville.

Cette conférence pose problème sur deux plans révélateurs d’un jeu trouble de conflits d’intérêt : le premier est celui de la justification de l’allocation des moyens publics à Mr. Bevalet ; le deuxième est celui de la nature véritable de sa conférence au regard de son contenu. Ces deux plans sont liés et renforcent chacun les interrogations que l’autre comporte. En effet, le propos de Mr Bevalet n’est ni scientifique ni proprement politique – au sens d’un relais d’annonce de décisions nationales à ce sujet. Quelle est alors la fonction de la conférence et pourquoi la majorité municipale lui a apporté tous les moyens de communication et le cadre matériel de sa réalisation ?

On indiquera d’abord ici qu’aucun analyste politique publiant dans de grandes revues de référence dans le champ stratégique et militaire n’assimile la lutte contre le « terrorisme » à une « 3ème guerre mondiale »1. Au contraire, « la violence des actes terroristes suscite des réactions émotionnelles et morales peu propices à l’objectivité (.). En l’absence de distance critique, la question du terrorisme devient à la fois le sujet et l’objet de multiples amalgames »2. L’amalgame de conflits armés internationaux à une situation de « 3ème guerre mondiale » a certainement une fonction dramatisante, pour marquer et mobiliser les consciences individuelles sur ces questions.

Mais quelle est la fin du propos qui reste en décalage avec la réalité de la situation ? Aucune autorité politique nationale et internationale, ni aucun expert reconnu ne prône une action contre l’ensemble des mouvements politiques violents sous la forme d’une seule et même « guerre mondiale » à « gagner » ? L’hétérogénéité des mouvements et des contextes de conflits et de guerres régionales du monde exclut toute approche uniforme et globale.

Si Mr Bevalet utilise une terminologie manifestement impropre, son propos dans le livre et sa conférence ne rattrapent en rien cet écart : sans référence à des travaux et des observations savantes et rigoureuses, il n’y a pas de démonstration originale de cette vision du monde. Son contenu n’est qu’un recueil mélangé d’actes terroristes de nature multiple ayant été relatés dans divers médias, avec un recensement sans logique analytique des différents mouvements qui les ont commis. Aucune contextualisation et explicitation du sens politique de ces conflits particuliers sont mises en avant. Mr Bevalet nous évoque seulement la nécessité de mobilisation… au cas où nous serions endormis dans une bulle de pacifisme à l’écart des bruits et du chaos mondial.

Que signifie cette démarche de Mr Bevalet et quelle est la raison pour laquelle la Ville de Deuil-la Barre a apporté tous ces principaux moyens ?

Nous rappellerons d’abord que Mr Bevalet, militaire à la retraite qui héberge à domicile le siège de la section Val d’Oise de l’Union nationale des parachutistes, est membre – et surtout président – du « CESARR », « Centre d’études stratégiques, d’analyses et de recherches sur les risques majeurs ». Comme cela est présenté dans le Guide des associations 2009-2011 de Deuil-la Barre, son objet est « d’apporter des informations rapides sur la sécurité internationale pour les particuliers, associations et entreprises travaillant à l’étranger ». Il est ajouté : « Identification de tous les risques majeurs (criminalité, terrorisme, veille sociale) ». Sur son site internet, il apparaît que la Ville de Deuil-la Barre est la seule institution publique qui soutient financièrement cette activité. Les autres soutiens sont : l’Association des Anciens Combattants des Services de Renseignements (ACSR), la Société d’expertise informatique immobilière SNEDA (services informatiques de gestion immobilière et foncière), présentée comme la numéro 2 française (12,6 millions d’€ de CA) et implantée à Nantes, ainsi que le CIC Deuil-la Barre.

Un étonnant cocktail d’intérêts immobilier, financier et de renseignement donc, animé par une même volonté de « paix et de stabilité pour l’ordre mondial »3. Le bureau de cette association, qui n’est pas présenté, distribue d’ailleurs des « récompenses » d’honneur (une dizaine, allant de la lettre et de diplômes, à des médailles et des croix avec ruban) à ceux qui œuvre contre les « risques majeurs définis dans le règlement intérieur du centre » (qui n’est pas public), pour « l’ordre et la stabilité des États », pour le « devoir de mémoire des combattants », pour la « valorisation des fonctionnaires de police et de gendarmerie » et sans oublier bien sûr « le développement du centre ».

Si le soutien moral et financier de l’activité de Mr Bevalet par la majorité municipale explique qu’il ait pu également disposé des moyens municipaux pour présenter son ouvrage, est-ce pour autant justifié sur le plan légal ? Plusieurs aspects posent problème. D’abord, les moyens publics s’attribuent lorsque l’association ou la personne privée sert l’intérêt général de la commune ou aide celle-ci même à le remplir. Est-ce le cas du CESARR et de Mr Bevalet ? Ils fournissent de l’information multiple à leurs adhérents dans des domaines tellement multiples (risques naturels, informatiques et criminels ; compagnie aérienne ; veille sanitaire ; veille « sociale » ; intelligence économique…), que l’arrière fond d’œuvre pour l’ordre et la paix mondiale en est atténué. Dénuée de mission institutionnelle explicite, cette association propose de fournir de l’information à caractère militaire, économique et social, sans présenter les méthodes et les coûts de production de l’information.

S’agit-il d’un réseau de correspondants lié aux services de renseignements qui diffuse « hors les murs » de l’information recueillie dans le cadre des missions de services ? S’agit-il de l’information développée à partir d’une analyse des sites internet d’information ou des rapports et revues publics des domaines concernés ? Quoiqu’il en soit, le temps passé de recueil d’information pour des demandes individuelles et à chaque fois particulière constitue bien un service privé qui dépasse certainement les besoins et les intérêts propres de la majorité des Deuillois. Une explication du maire et de l’adjoint concerné, qui remplit une fonction publique d’intérêt général, pour justifier le soutien municipal à cette activité particulière ainsi qu’à la conférence publique organisée, serait tout-à-fait souhaitable dans ce sens.

Jean-Bernard Chebroux

Deuil-la Barre, le 25.05.2010

jb_chebroux@club-internet.fr / 01 39 84 06 21 / 06 72 05 16 29

1 Ont été consultés sur les deux à trois dernières années les numéros des revues suivantes : Défense nationale et sécurité collective (du Comité d’étude de Défense nationale de l’Ecole militaire), Géopolitique (Institut international de géopolitique), Inflexions (revue du dialogue entre civils et militaires), L’Essentiel des relations internationales (journaliste, fonctionnaires et chercheurs), ou encore Politique internationale et Revue internationale et stratégique (chercheurs). Ces revues évoquent des thèmes comme la « guerre froide » et la « menace terroriste ».

2 Victor J.-Ch., et al. (2006), Le dessous des cartes. Atlas géopolitique, Paris, Tallandier / Arte éditions, p. 166.

3 Page « Récompenses » du site internet ; http://www.cesarr.com/topic4/index.html.

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